Néfaste pour les champignons, la pollution menace les forêts auxquelles ils sont associés.

Une étude menée dans 20 pays européens met en évidence l’effet néfaste de la pollution sur les communautés de champignons alliés aux arbres, avec de graves répercussions sur l’état des forêts. Ces résultats soulignent l’insuffisance des mesures prises en Europe.

Les champignons, précieux partenaires des arbres

Sans les champignons, la forêt ne serait pas telle qu’on la connaît. Et ce n’est pas seulement lié au charme des cueillettes automnales, suivies d’un bon plat de champignons ! En effet, toute l’année, les champignons poussent dans le sol des forêts, sous forme de filaments bien plus discrets que les chapeaux de toutes sortes qui apparaissent après les pluies. Ces filaments peuvent interagir avec les végétaux, au niveau de structures particulières nommées mycorhizes : les champignons qui s’associent ainsi fournissent à la plante des sels minéraux (azote, phosphore, potassium, …) qu’ils puisent dans le sol, et la plante lui fournit des sucres en retour. Cette relation d’entraide est tellement essentielle aux plantes que l’on estime qu’environ 90 % des végétaux sont ainsi associés à des champignons.

Une étude d’envergure

Une étude paneuropéenne menée par l’Imperial College de Londres et le Jardin Botanique Royal de Kew a révélé que les caractéristiques des arbres ainsi que la qualité locale de l’air et du sol ont un large impact sur les mycorhizes. Les recherches, publiées dans le journal Nature, ont porté sur 40000 racines issues de 13000 échantillons de sol de 137 sites forestiers sur 20 pays européens. Elle a permis de dresser la tendance à large échelle des communautés de champignons, y compris leur tolérance à la pollution.
De récentes recherches faisaient état de signes de carences chez les arbres à travers l’Europe, tels des décolorations des feuilles ou une défoliation de la couronne des arbres, mais les mécanismes derrière ces symptômes ne sont pas clairs. Le chercheur Martin Bidartondo explique « à travers l’Europe, on observe que les arbres sont fréquemment carencés, ce qui rend les forêt vulnérable aux insectes, aux maladies et au changement climatique. Afin de savoir si des changement des mycorrhizes peuvent être derrière cette tendance, nous avons ouvert la « boîte noire » du sol. Les processus qui ont lieu dans le sol et les racines sont souvent soit ignorés, soit seulement supposés ou modélisés, car leur étude directe est difficile, mais pourtant cruciale pour comprendre le fonctionnement des arbres. »

Des résultats alarmants : trop de pollution en Europe !

« Une découverte majeure est que les seuils autorisés de pollution en Europe sont probablement trop peu stricts. En Amérique du Nord les limites sont bien plus basses, et nous avons maintenant l’évidence qu’elles devraient être fixées de façon similaire en chez nous. Par exemple, les seuils actuels pour les nitrates devraient être divisées par deux. En Europe nos arbres ne sont pas moins tolérants que les arbres Nord Américains, leurs champignons sont juste en train de souffrir plus ».
Des éléments comme l’azote et le phosphore sont essentiels pour  la vie, mais en concentration trop élevée ils peuvent être néfastes, agissant alors comme des polluants et non des nutriments. Cette nouvelle étude a découvert des effets de seuil : au-dessus de certaines concentrations en ces éléments, les communautés de mycorhizes sont modifiéesCertains champignons sont éliminés par ceux qui sont plus tolérants à cette pollution, voire qui profitent de celle-ci. Ces changements de l’écosystème peuvent affecter négativement la santé des arbres. Par exemple, certains changements des communautés entraînent les mycorhizes vers des relations moins équitables : les champignons tireraient profit des sucres libérés par les arbres mais ne leur donneraient en échange que peu de nutriments. Le premier auteur de l’article, Dr. Siese van der Linde, déclare « Notre travail fait émerger de nombreuses questions concernant la santé des arbres et la diversité des champignons. Par exemple, nous avons trouvé que les mycorhizes sont plus spécialisées qu’attendu : la majorité des espèces ne va s’associer qu’avec certains types d’arbres. Or, les champignons spécialistes sont moins adaptables à des changements de conditions. »  
Cette étude ouvre de nouveaux champs de recherche pour une meilleure compréhension des relations entre arbres et champignons, ainsi qu’un meilleur suivi de l’état des forêts. La façon dont seront gérées nos forêt à l’avenir pourra également être modifiée par la connaissance des seuils à partir desquels la pollution a des effets majeurs.

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